La gestion des déchets au Québec
Par Hoedic , le 22 octobre 2003 à 05h22

Aujourd’hui, j’étais au 4ème colloque québécois sur la gestion des matières résiduelles ; pour ceux qui ne le sauraient pas, matières résiduelles est le terme politiquement correct pour déchets, au Québec.

De bien belles paroles, très vraies : "passer des lois c’est très bien, mais si les réglements qui vont avec ne suivent pas, on peut rien faire !" "Beaucoup de bonne volonté est en train de s’effriter du fait de l’inaction de certains intervenants majeurs", etc.

A priori, que des choses vraies, qui tombent sous le sens, d’ailleurs tout le monde s’entend et est d’accord pour aller dans le même sens. Miraculeux, magnifique, bravo ! Mais pourquoi ça bouge pas, alors ? Le discours change dans les discussions de couloir : "Oui, untel dit qu’il est d’accord, mais en fait il va contre lors des réunions avec le ministère" "Tel autre veut des financements et va prendre les notres", etc. (ce n’est pas ce qui se dit mot pour mot, j’exagère volontairement pour que les béotiens en gestion des matières résiduelles comprennent un peu le fond mais les divergences se font tout de même assez vite sentir dans les couloirs).

Mais outre les divergences, qui n’ont rien de spécifique à ce domaine, je vais vous dire où il est le problème : nous avons des intervenants qui pendant 2 jours nous racontent qu’ils faut, sans cesse, rappeler aux gens qu’il faut recycler, qu’il faut appliquer la réduction à la source, on nous rappelle que la quantité de cannettes en alu jetées depuis je ne sais plus quand au Canada est équivalent à 8 ans de production de telle grosse usine d’Alcan, on se demande COMMENT - mais oui, comment, enfin ?! - des citoyens peuvent, encore, de nos jours, ne pas trier leurs déchets !!! Ne voient-ils pas, tous ces gens, que nous bouffons notre planète, mais où allons-nous ?!!!? Disons-nous tous en coeur.

Puis arrive le repas. J’ai un sac plastique à jeter. Coup d’oeil à gauche... coup d’oeil à droit... il y a deux malheureuses poubelles "tout venant" dans une salle recevant plus d’une centaine de convives.

De dépit je vais jeter mon sac plastique (assez peu valorisable ou recyclable au demeurant) et là que vois-je dans la poubelle ? - Mais oui, que voit-il ?

Une bonne dizaine de ces putains de cannettes en alu dont on nous dit qu’elles valent tant ! Qu’elle pourraient couvrir une partie des frais de la collecte sélective si elles ne faisaient pas l’objet d’une consigne, qui marche fort bien par ailleurs... En tous cas, si ça marche bien, c’est pas grace à ce colloque !

Ah oui, ce que j’oublie de dire, c’est que dans la salle à manger, il y avait quelques kiosques d’exposants. Parmi ces exposants, il y en avait au moins trois qui proposaient des sacs poubelles biodégradables, des sacs de couleurs ou transparents, des poubelles compartimentées, non-compartimentées, de couleurs, bariolées, rose, bleu, vert, avec roulettes, sans roulette, des bacs à compost, des bacs à matières recyclables, des qui luisent dans le noir, d’autres qui prennent leurs petites jambes pour se rendre directement au centre de tri le plus proche grâce à un système GPS... et les gens qui organisent ça ne sont pas foutrement capables de mettre des bacs pour les matières recyclables là où toutes ces bonnes paroles sont échangées ! Suis-je le seul à me rendre compte de l’énormité ? Tous ces beaux bacs à poubelles, qu’on ne peut pas utiliser car en démonstration, et ces minables poubelles tout venant comme seule alternative ??

Mais il est là le problème, , devant nous, il nous ri à la figure et on s’en rend même pas compte.

Je sais qu’en faisant ce genre de billet, je n’aide pas la cause car certains peuvent se dire "si ceux qui prônent les 3R-V (réduction à la source, réutilisation, recyclage, valorisation ; par ordre d’importance s’il vous plait !) ne montrent pas l’exemple, pourquoi me ferais-je suer avec ça !".

Pourtant c’est important, c’est très important ! Ça l’est pour le fait d’économiser des ressources, ça l’est pour limiter les chances de voir un jour un site d’enfouissement se construire derrière chez nous, mais c’est également important pour montrer aux industriels et aux décideurs politiques que la population a fait un choix, que ce choix est celui de respecter l’environnement, que les lois doivent aller dans ce sens et les produits qu’on nous vend doivent également le faire. Sinon, c’est comme de pisser dans un violon !

Je ne suis pas parfait, parfois je fous des matières 3RV-ables (joli barbarisme n’est-il pas ?) à la poubelle, mais une large partie finie tout de même dans le bac de recyclage. Si la majorité des gens font pareil chez eux, au boulot, dans les colloques, en vacances, bref, partout, ça va changer. Sinon personne ne peut se plaindre d’avoir un dépotoir ou un incinérateur derrière chez lui !

Les commentaires postés

> La gestion des déchets au Québec
Par neige,
Le 22/10/2003
à 23h39

Peut-être que plusieurs personnes pensent comme toi, mais chacun le garde pour lui. Et l’apanage qui veut que les cordonniers sont les plus mal chaussés tient toujours dans ces circonstances. On négociait l’arrêt des combats à Sarajievo attablé à de grands festins dans des hotels 5 étoiles, où étaient attablés les diplomates et chefs de guerre, pendant même que la population recevait des obus sur la tête et que les enfants se butaient à des mines personnelles. C’est l’histoire des hommes*.

Pour les recyclage, malgré que je le pratique du mieux que je peux, comme plusieurs autres, j’ai des doutes.

(1). Recycler c’est polluant et bouffe de l’énergie. As-t-on déjà fait le procès du désancrage et des solvants, de l’énergie qu’il faut pour fondre tous les plastiques etc

(2). Le recyclage est une industrie par elle-même, elle a besoin de matières premières par subsister et être rentable, et de beaucoup de matière première, sans compter les pertes. Donc ...

(3). Pour faire ’vivre’ le recyclage, faut consommer à la source. plus il y a d’emballage, de papier ancré, de bouteilles de verre remplacées par des bouteilles de plastique, plus le recyclage s’impose et devient intéressant (rentable) pour l’indstrie et les gouvernements. N’est-ce pas un cercle vicieux ?

Je conçois que le recyclage à des mérites - mais ce n’est pas LA solution. La seule solution est de réduire à la source notre consommation d’extras, de non utile, le jetable après usage, le suremballage, le superflu quoi ! hors, c’est tout le contraire auquel on assiste - jamais il n’y a eu autant d’emballage (fruits, légumes, tous les aliments, même secs, etc), jamais autant eu de gadgets jetables ne servant qu’une fois (appareil photo, briquet, crayons), l’informatique bouffe des montagnes de papier, des millions de cartouches d’ancre à jeter, d’appareils qui deviennent dessuet après 2 ans. Les hopitaux ne stérilisent plus, ils jettent (seringues, tubes, catethers, tissus, bouteilles) ...

Et rien ne laisse paraître aux gens que les ressources ne sont pas inépuisables.

Bref, c’est le bordel total, un beau fiasco engendré par un laisser aller et de la complaisance, et trop de technocrates ... alors que faire ?

> La gestion des déchets au Québec
Par Hoedic,
Le 23/10/2003
à 03h47

On ne peut pas parler de fiasco car le recyclage présente tout de même des gains notamment en économie de ressources, mais il est bien évident que premièrement on est loin du compte, deuxièmement le recyclage est loin de répondre à toutes les problématiques de la gestion des déchets.

L’un des problèmes c’est que de toutes manières personne ne s’entend sur ce qu’il est préférable de faire. L’idéal serait l’ACV généralisé. Non non, je n’espère pas un accident cardio-vasculaire à tout le monde mais une analyse du cycle de vie à tous les produits. Le soucis, c’est que c’est infaisable, ça couterait une fortune. Mais une analyse de quelques produits clés permettraient de se faire une idée de ce qui est le plus intéressant en prenant en compte tout de la fabrication au tombeau comme on dit.

Cependant privilégier le 3R-V ne semble pas dénué de sens. Ce concept favorise en premier temps la réduction à la source et le réemploi (par exemple la réutilisation/revente des vêtements, les contenants à utilisation multiple plutôt qu’unique, etc.) puis le recyclage et la valorisation (compost, centrale électrique au biogaz, etc.)

Pour une raison que j’ignore, les gouvernements s’attachent principalement au 3ème "R", celui du recyclage alors qu’il faudrait mettre l’accent sur les 2 premiers. Quand je dis que je l’ignore, c’est un peu faux : il est certain que le lobbying des firmes environnementales n’y est sûrement pas pour rien ! Disons ce qui est, la réduction à la source, hormis l’environnement, tout le monde y est perdant ! donc personne n’est réellement intéressé à le mettre en place (sauf quelques cas très particuliers).

Disons qu’il y a beaucoup à gagner en ne faisant que des efforts assez limités. C’est ainsi que des entreprises ont réussi à diminuer de 50% leur consommation en eau ou en produits chimiques juste en optimisant un tout petit peu leur process. C’est ainsi qu’on peut réduire de 70% la consommation d’eau d’un foyer en installant une douche à faible consommation d’eau et un régulateur de température digne de ce nom, des chiottes qui tirent 12 litres au lieu de 25, etc.

Il en va de même pour beaucoup de choses en gestion des déchets, en consommation d’énergie, en pollution atmosphérique, etc : on pourrait faire des gains assez importants simplement en repensant la façon de faire. Le soucis c’est beaucoup d’industriels refusent d’y regarder car accepter ce serait pour eux risquer de supporter des contraintes de plus en plus fortes ("ah, mais si vous avez réussi à baisser tel pollution, vous allez bien le faire pour telle autres !"), donc c’est beaucoup plus facile pour eux de faire du lobbying pronant le statu quo environnemental.

C’est à la fois très simple et très complexe. Mais arriver à un stade de vrai développement durable sera très difficile et je pense ne jamais le voir durant ma vie.

> La gestion des déchets biomedicaux au Québec
Par demailly,
Le 14/11/2003
à 01h23

Bonjour,

J aimerai avoir des renseignements sur la valorisation des dechets biomedicaux et la reduction a la source.

Merci

> La gestion des déchets au Québec
Par Hoedic,
Le 16/11/2003
à 06h30

Désolé, mais ce site est un carnet web et non un site d’information en environnement (même si j’en parle).

Pour ce qui est de la valorisation, faut pas trop y compter. Pour et pour la réduction, le mouvement actuel consiste de plus en plus à utiliser des produits jetables, donc c’est pas gagné !

> La gestion des déchets au Québec
Par neige,
Le 16/11/2003
à 19h45
Si je peux me permetre, on trouvera de l’information au bas de cette page.
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